Alexander Volkanovski : De paria à fierté nationale en MMA
Elvis Sinosic se souvient d’une époque où, avant même de monter dans la cage, il fallait déjà se battre.
Pas contre un adversaire.
Contre l’idée que tous les pratiquants de MMA étaient des voyous.
L’Australie découvrait à peine ce sport, certains États l’interdisaient, et chaque entretien avec les médias ressemblait à un interrogatoire. « Ils essayaient généralement de te piéger et de te faire passer pour un voyou, un fauteur de troubles », raconte aujourd’hui Sinosic à Fox Sports Australia.
Deux décennies plus tard, le décor a changé. Radicalement.
Alexander Volkanovski et Robert Whittaker sont devenus des noms qui dépassent largement le cercle des fans de combats. Des champions que le public revendique, presque comme des héros nationaux. « Les gens sont fiers de les voir, explique Sinosic. Et moi aussi. »
De paria à fierté nationale
Dans les petites salles locales de Sydney, Sinosic voit la scène se répéter. Volkanovski franchit la porte, et les jeunes combattants s’illuminent. Ils se lèvent. Ils se rapprochent. Ils veulent lui serrer la main, prendre une photo, grappiller quelques secondes avec celui qui a prouvé qu’un gars de leur coin pouvait conquérir le monde.
Et Volk s’arrête. Toujours.
Pour Sinosic, qui a disputé un combat pour le titre mondial face à Tito Ortiz en 2001, ces instants disent beaucoup sur l’homme qui s’apprête à défendre sa ceinture des poids plumes contre Movsar Evloev à UFC 333, à Abu Dhabi.
Les mots de ceux qui l’ont affronté en disent tout autant. Cette semaine, l’ancien prétendant au titre UFC Chael Sonnen a lâché une phrase lourde de sens : « On n’a jamais eu un Volkanovski avant. »
Quoi qu’il arrive face à Evloev ce dimanche, le constat est posé : l’Australien a déjà gagné sa place parmi les grands. Et, fait plus rare encore, le respect profond de ses plus rudes rivaux.
Un palmarès qui ne ment pas
Pour Elvis Sinosic, les exploits de Volkanovski méritent qu’on prenne un peu de recul.
Gagner une ceinture UFC, c’est entrer dans un cercle minuscule. La défendre plusieurs fois, la perdre, puis la reconquérir, c’est un étage au-dessus. « Il a défendu sa ceinture de nombreuses fois, c’est un double champion. Il est monté chercher des ceintures dans des catégories supérieures, rappelle Sinosic. Il est incroyable. »
Son CV parle pour lui : une victoire sur Jose Aldo, trois sur Max Holloway. Il bat Holloway pour s’emparer du titre, le devance d’un rien lors d’une revanche très discutée, puis le surclasse nettement dans leur troisième affrontement.
Chad Mendes connaît bien ce genre de compagnie. L’Américain a affronté Aldo deux fois, a défié Conor McGregor et a terminé sa carrière UFC face à Volkanovski, qui l’a stoppé en décembre 2018.
Interrogé sur la légitimité de l’Australien dans la discussion du plus grand poids plume de l’histoire, Mendes n’a pas hésité : « La preuve est là – regardez qui il a battu, a-t-il confié à talkSPORT. Ce ne sont pas des victoires chanceuses. Il a plusieurs succès contre certains des meilleurs. Ce n’était pas juste une soirée sans pour un adversaire, ça s’est produit plusieurs fois. C’est difficile de dire le contraire. »
Sinosic acquiesce. « Ce qu’il a accompli est dingue, lâche-t-il. Même parmi ceux qui sont déjà des gagnants incroyables à l’UFC, il n’y a que très peu de gens avec qui tu peux vraiment le comparer. »
Le vrai combattant, pas seulement l’athlète
Ce qui fascine aussi Sinosic, c’est l’instinct de Volkanovski : toujours chercher la pente la plus raide. « C’est un vrai combattant, insiste-t-il. Il y a une différence entre les combattants et les athlètes de combat… Je vois exactement ce même esprit guerrier chez Volk. Il en a à la pelle. »
Installé comme patron chez les plumes, Volkanovski est monté défier Islam Makhachev pour la ceinture des légers. Il perd le premier combat. Accepte la revanche à court préavis. Et s’incline lourdement.
L’audace force le respect, même si tous les paris ne sont pas gagnants. Mais sa volonté de se tester, elle, ne bouge pas. « Il prend des combats à court préavis, dans des catégories au-dessus, souligne Sinosic. Il veut toujours se challenger. »
Chael Sonnen a relevé la même chose cette semaine, après que Volkanovski a évoqué une possible superfight futur contre Justin Gaethje. Selon l’Américain, l’Australien fait tout l’inverse du calcul financier classique : chercher « le plus d’argent pour l’adversaire le plus facile ». « Appeler Justin Gaethje, ce n’est pas fun, a-t-il lancé sur sa chaîne YouTube. Être un combattant en fin de carrière prêt à monter de catégorie pour affronter Justin Gaethje, c’est un move de gangster. Et tu mérites du crédit pour ça. »
Une légende vivante, même sans ceinture
Le statut de Volkanovski s’est sans doute vu le plus clairement… lorsqu’il n’était plus champion.
Après son KO subi face à Ilia Topuria à UFC 298, Rob Whittaker a tenu à lui rappeler ce qu’il représentait encore. « Tu es une légende vivante absolue. »
Whittaker l’a aussi encouragé à lever le pied, à profiter de sa famille. Volkanovski, lui, a reconnu le coup encaissé, rendu hommage à Topuria, demandé une nouvelle chance tout en assumant ce que son adversaire avait réalisé.
Après la deuxième défaite contre Makhachev, il avait déjà évoqué, avec émotion, les difficultés loin du cadre rigide des camps d’entraînement. Le public savait ce qu’il pouvait encaisser dans la cage. Il découvrait aussi l’homme, celui qui gère les tempêtes du quotidien.
Quand Volk a repris sa ceinture, Whittaker y a vu un signal pour sa propre quête d’un nouveau titre. « Surtout après avoir vu Volk récupérer la ceinture. Il n’y a rien de plus inspirant que ça », a-t-il confié à Fox Sports Australia.
De rivaux à compagnons de cuisine
Affrontez Volkanovski, et vous avez de bonnes chances de finir… en cuisine avec lui.
Islam Makhachev l’a battu deux fois. Ilia Topuria lui a pris sa ceinture des plumes. Max Holloway a passé trois combats à tenter de le détrôner. Et pourtant, jamais de rancœur tenace.
En juillet 2025, Makhachev expliquait à MMA Junkie qu’il ne respectait vraiment que deux hommes dans ce sport : Volkanovski et Dustin Poirier. « Ce sont vraiment de bons gars. Je leur envoie des messages », disait-il.
Entre Makhachev et Volk, l’amitié va désormais jusqu’à une invitation en Dagestan, avec des discussions autour d’un futur camp d’entraînement commun… et même des parties de chasse.
Avec Topuria, les retrouvailles se font sur un ton tout aussi cordial, avec un projet de rencontre en Espagne pour un épisode de Cooking with Volk. « On devait se voir, et j’allais faire un Cooking with Volk avec lui, a récemment confié Volkanovski à TMZ Sports. Je veux en faire un truc avec tous mes anciens adversaires. »
Même Holloway, l’homme à qui il a pris le titre, plaisante sur l’idée de recroiser l’Australien pour simplement passer du temps ensemble.
La star qui n’a pas changé
Elvis Sinosic enseigne et entraîne toujours au Kings Academy, dans le sud-ouest de Sydney. Dans les galas régionaux, il voit l’effet immédiat quand Volkanovski débarque. « Les combattants sont tellement excités, tellement heureux de le rencontrer, raconte-t-il. Et lui est super simple, heureux de voir ces gens. »
Sinosic a connu Volkanovski et Whittaker avant, pendant et après leur explosion médiatique. Il sait ce qui est resté intact. « Ils n’ont pas laissé la célébrité leur monter à la tête, dit-il. Ce sont de bonnes personnes. Ils voient le MMA comme un défi, un défi sportif et physique, pas comme une occasion de faire mal à quelqu’un. Ils sont là pour gagner. Ils représentent magnifiquement l’Australie. »
Le public, lui, a découvert un autre visage de Volk : les vidéos de cuisine, l’humour, l’autodérision. Autant de portes d’entrée qui dépassent les frontières et les drapeaux.
« Volk a été dominant pendant son règne, extrêmement technique, mais c’est aussi un mec vraiment sympa en dehors de la cage, qui n’a pas changé qui il était, résume Sinosic. Les gens respectent énormément ça. »
Un champion pour une génération
Face à Movsar Evloev, Volkanovski va encore se frotter à un test dur, méthodique, invaincu. Une victoire ne ferait que renforcer son dossier parmi les plus grands de l’histoire. Une défaite, elle, ne gommerait rien.
« Il n’y a rien que quelqu’un puisse dire qui puisse le faire passer pour autre chose qu’un gagnant – et l’un des plus grands gagnants de tous les temps », insiste Sinosic. « Je n’ai aucun doute : un jour, il sera dans le Hall of Fame de l’UFC. »
Pour l’homme qui a dû, autrefois, défendre son sport face à un public hostile, la boucle se referme ailleurs : dans ces petites salles où de jeunes combattants croisent un champion du monde, et découvrent qu’il est aussi heureux de les rencontrer qu’eux de le voir.
« Nous avons beaucoup de chance de l’avoir », conclut Sinosic.
La question, désormais, n’est plus de savoir si Alexander Volkanovski appartient aux légendes. Elle est de savoir jusqu’où il va encore repousser leurs frontières.


