76ers triomphent aux Knicks grâce à Embiid et LeBron
NEW YORK — Le Madison Square Garden avait sorti ses habits de gala. Bannière levée pour la première fois en 53 ans, bagues de champion étincelantes au doigt, ambiance de couronnement pour les New York Knicks. Les Philadelphia 76ers, eux, étaient venus pour gâcher la fête. Ils l’ont fait, 106-100, avec un détail tactique qui en dit long sur ce que cette équipe peut devenir.
Embiid, trois fautes… et une idée qui change tout
Tard dans la nuit, vestiaire presque vide, Joel Embiid est resté le dernier à répondre aux questions. Fatigué, mais lucide. Il venait de livrer la clé de ce premier succès.
Fin de deuxième quart-temps, le pivot camerounais prend sa troisième faute en quatre minutes. Danger immédiat. Au retour des vestiaires, Embiid va voir le staff et propose lui-même un ajustement : laisser LeBron James se charger de Karl-Anthony Towns, six fois All-Star, pour qu’il puisse, lui, défendre sans la peur constante de la quatrième faute.
Ce n’est pas un simple détail. C’est le genre de bascule qui transforme une bonne équipe en vraie prétendante.
« Ça change tout », lâche Embiid après la rencontre. Il explique qu’avec trois fautes, il ne pouvait plus être aussi agressif qu’il le voulait en défense, et qu’il tenait avant tout à rester sur le parquet. Alors il suggère. Le staff accepte. Le match tourne.
LeBron, mur mobile sur Towns
Une fois la mission confiée, LeBron James s’est occupé de Towns comme il l’avait déjà fait avec les plus grands intérieurs du monde. Plus lourd de deux livres que le pivot des Knicks, il l’a pris dans le corps, a cassé ses lignes de course, brisé le tempo des pick-and-roll new-yorkais.
Résultat immédiat : en troisième quart-temps, Towns ne tente qu’un seul tir et ne marque que quatre points. Les Knicks s’effondrent à 5 sur 21 au tir dans la période, à 23,8 %. Leur attaque se grippe, leur rebond offensif aussi, et Philadelphie peut enfin courir.
Ce rôle, James le connaît par cœur. Team USA l’avait déjà utilisé ainsi aux Jeux de Paris 2024, lorsqu’il avait pris en charge Nikola Jokić, triple MVP, dans le money-time. Embiid était déjà là, déjà en difficulté avec les fautes, et Steve Kerr avait alors sorti la même arme : LeBron sur le pivot adverse, comme un verrou de luxe.
Embiid le souligne encore : disposer d’un « autre gros corps » capable de tenir le poste bas change le visage de la défense. Il évoque P.J. Tucker, dernier Sixer à pouvoir vraiment assumer ce genre de mission, puis Paul George la saison passée, efficace mais plus léger. Avec James, Philadelphie retrouve ce profil, en plus de tout le reste.
Une version remodelée des 76ers qui frappe d’entrée
Personne n’a agité plus fort l’intersaison que les 76ers. L’arrivée de LeBron James, celle de Jaylen Brown arraché aux Celtics : sur le papier, le projet est colossal. Sur le parquet du Garden, la première impression va dans le même sens.
La répartition des tirs apparaît saine, chacun trouve ses touches sans forcer. La défense se durcit dans les moments chauds. Et surtout, un chiffre tranche avec les errements de la présaison : seulement 10 ballons perdus. Pour une équipe en construction, c’est déjà un signe de maturité.
Au cœur de ce dispositif, James orchestre. 14 points, 9 rebonds, 7 passes, une interception, un contre. Il remonte la balle, distribue, accélère en transition, provoque des fautes. Dans le quatrième quart-temps, quand les Knicks tentent de revenir, il stabilise l’attaque, grignote les secondes, trouve les bons angles de passe pour préserver l’avance.
Tout n’a pas été parfait. Loin de là. Philadelphie ne rentre que 27,5 % de ses tirs à trois points et se fait marcher dessus au rebond offensif, 14 à 6. Les automatismes restent fragiles, certains enchaînements offensifs encore hésitants.
James ne s’en cache pas : ce n’est qu’un match, l’alchimie prendra du temps. Mais il insiste sur l’essentiel : il y a déjà assez de bon pour apprendre, et assez de moins bon pour progresser.
Une menace qui peut durer à l’Est
Derrière le score et les paillettes d’un opening night au Garden, ce 106-100 raconte autre chose : la palette des 76ers est large. Très large. Une superstar intérieure capable de dicter le jeu, un vétéran légendaire qui peut défendre du meneur au pivot, une nouvelle star sur les ailes avec Jaylen Brown, et autour, un groupe qui accepte le combat.
La vraie force entrevue tient dans cette capacité à se réinventer en cours de match. Un pivot en difficulté de fautes ? LeBron glisse sur Towns. Besoin de courir ? On verrouille le rebond défensif et on file en transition. Besoin de temporiser ? James ralentit, Embiid impose sa loi au poste.
Pour une seule soirée d’octobre, c’est beaucoup de réponses. Dans une conférence Est saturée de prétendants, la question est désormais simple : si ces 76ers-là gagnent déjà sans vraiment bien jouer, que se passera-t-il quand la machine sera lancée à plein régime ?




